Le flacon de 5 litres est posé sur l'établi du garage, à côté d'un pulvérisateur à dos qui fuit légèrement à la poignée. C'est la question qu'on me pose le plus souvent quand le sujet des désherbants revient dans une conversation de jardin : « le Roundup Ultra Plus, c'est encore autorisé, ou je jette mon bidon ? » La réponse tient en une phrase, mais elle mérite qu'on prenne le temps de dérouler ce qu'il y a vraiment dans ce produit, parce que la confusion autour de cette gamme Bayer est massive.
Je vais vous parler du Roundup Ultra Plus tel qu'il existe réellement en France, de sa composition, de son dosage, de son statut réglementaire, et surtout des pièges dans lesquels je suis moi-même tombé en l'utilisant. Parce que la plupart des pages qui remontent sur ce mot-clé vous vendent un bidon sans jamais vous dire comment s'en servir correctement.
Points clés à retenir
- Le Roundup Ultra Plus est un désherbant total à base de glyphosate sel de potassium, formulé en concentré soluble (SL).
- Il ne faut pas le confondre avec le Roundup Ultimate, dont la concentration en matière active diffère.
- L'usage pour les particuliers est interdit en France depuis 2019 ; seuls les professionnels disposant d'un certificat peuvent l'acheter légalement.
- Le dosage dépend du stade des adventices et du matériel, pas seulement du volume d'eau.
- La pluie dans les 6 heures qui suivent l'application annule une bonne partie de l'efficacité.
- Aucun traitement ne remplace le respect des équipements de protection individuelle.
Roundup Ultra Plus : ce qu'il y a vraiment dans le bidon
Première chose à clarifier, parce que je vois l'erreur partout dans les commentaires de forums : Ultra Plus et Ultimate ne sont pas le même produit. On m'a posé la question trois fois le même mois chez un revendeur agricole, et le vendeur lui-même entretenait le flou.
Quelle différence entre Ultra Plus et Ultimate ?
Le Roundup Ultra Plus repose sur du glyphosate sous forme de sel de potassium. Le Roundup Ultimate, lui, est formulé à partir de glyphosate acide à 500 g/L. Cette distinction n'est pas cosmétique : elle change la concentration en matière active, donc le dosage à l'hectolitre et le volume de bouillie à préparer.
Concrètement, si vous reprenez un bidon d'Ultimate en appliquant le dosage d'un Ultra Plus, vous surdosez. Et une surdose de glyphosate, ça ne tue pas mieux les adventices : ça brûle la cuticule plus vite, la plante absorbe moins bien, et vous obtenez un jaunissement de surface sans destruction des rhizomes. J'ai fait cette erreur sur un carré de chiendent il y a quelques années. Résultat : tout avait l'air mort pendant dix jours. Trois semaines plus tard, ça repartait de plus belle.
Pourquoi la mention « SL » sur l'étiquette
SL signifie soluble liquid : un concentré liquide qui se dilue intégralement dans l'eau, sans formation de suspension ni de dépôt. C'est ce qui distingue cette formulation des concentrés émulsionnables. Pour vous, la conséquence pratique est simple : la bouillie reste homogène, vous n'avez pas besoin de secouer le pulvérisateur toutes les deux minutes, mais vous devez impérativement rincer le circuit après usage sous peine de retrouver un résidu qui bouchera les buses au traitement suivant.
Le Roundup Ultra Plus est-il interdit en France ?
Oui, pour les particuliers. Et c'est probablement la source de confusion la plus gênante du sujet, parce que des sites marchands continuent de référencer le produit sans préciser à qui il s'adresse.
La vente de produits phytopharmaceutiques contenant du glyphosate est interdite aux particuliers en France depuis le 1er janvier 2019. Vous ne pouvez donc pas l'acheter légalement en jardinerie ni le commander pour un usage domestique. Le produit est réservé aux usages professionnels : agriculteurs, services espaces verts, collectivités, entreprises de travaux paysagers. L'acheteur doit détenir un certificat individuel (Certiphyto) adapté à l'usage concerné.
Pourquoi on en trouve encore en ligne alors ?
Parce que les plateformes de vente en ligne ne filtrent pas toujours correctement les acheteurs, et parce que certains revendeurs professionnels affichent le produit publiquement alors qu'il n'est délivré qu'après vérification du certificat. Si vous tombez sur une annonce qui propose un flacon de 5 litres livré en trois jours sans demander le moindre justificatif, posez-vous la question de la légalité de la transaction.
Il faut aussi distinguer le cadre général du cadre local. Certaines zones font l'objet de restrictions supplémentaires par arrêté préfectoral, notamment à proximité de points d'eau ou dans certaines communes. Le statut national ne suffit pas : vérifiez ce qui s'applique chez vous avant de sortir le pulvérisateur.
Dosage et dilution : comment ne pas se tromper
Voilà le sujet sur lequel je vois le plus de approximations. La question « quel dosage pour 5 litres d'eau » revient sans cesse, et c'est précisément la mauvaise façon de poser le problème.
Pourquoi il ne faut pas raisonner uniquement en litres d'eau
Un herbicide systémique s'applique à une dose de matière active par hectare traité, pas par litre de bouillie. Le volume d'eau n'est qu'un vecteur. Vous pouvez appliquer la bonne dose dans 100 litres d'eau par hectare comme dans 200 litres, à condition que la pulvérisation couvre correctement la surface foliaire visée.
Raisonner en pourcentage par rapport au volume d'eau conduit à deux erreurs symétriques : sous-doser quand vous traitez une faible surface avec un grand volume, ou surdoser quand vous concentrez la bouillie pour économiser de l'eau. Les deux se paient.
Les facteurs qui changent réellement le résultat
- Le stade des adventices : une plante jeune et en croissance active absorbe et transpire ; une plante en fin de cycle ou stressée par la sécheresse répond mal.
- La dureté de l'eau : une eau très calcaire peut réduire l'efficacité de certaines formulations salines.
- La température : en dessous de 10 °C et au-dessus de 25 °C, l'absorption ralentit nettement.
- La hygrométrie : une atmosphère trop sèche favorise l'évaporation des gouttes avant pénétration.
- Le volume de bouillie réellement appliqué, qui dépend de la buse et de la vitesse d'avancement.
Sur un chantier d'entretien d'allée que je suivais, on a refait deux passages à quinze jours d'intervalle parce que le premier avait été réalisé par 28 °C avec un vent sec. La différence sur le liseron entre les deux passages était flagrante, à produit et dose identiques.
Combien de temps attendre avant de semer ou replanter ?
Le glyphosate n'a pas d'action résiduelle dans le sol : une fois absorbé par la plante, il est dégradé par les micro-organismes du sol. En pratique, on considère généralement qu'un délai de quelques jours suffit avant un semis ou une plantation, à condition que les adventices traitées soient bien desséchées. Sur des rhizomes coriaces, mieux vaut attendre de constater la reprise ou l'absence de reprise avant de travailler le sol.
Efficacité réelle et limites du produit
Le Roundup Ultra Plus fonctionne. Ce n'est pas le débat. La question intéressante, c'est sur quoi il fonctionne mal, et pourquoi la plupart des utilisateurs déçus le sont pour des raisons évitables.
Ce sur quoi il est efficace
Les graminées annuelles, les dicotylédones de printemps, la plupart des adventices en pleine croissance. L'action systémique permet une destruction descendante jusqu'aux organes de réserve, ce qui explique l'absence de reprise sur des plantes correctement traitées.
Ce qui résiste ou demande de la patience
Les liserons, les renouées, le chiendent et les prêles demandent souvent plusieurs interventions espacées. Non pas parce que le produit est inefficace, mais parce que ces plantes possèdent des réserves souterraines énormes et une capacité de repousse qui dépasse une seule application. C'est aussi là qu'on rencontre le plus de problèmes de résistance documentés, notamment sur certaines populations de ray-grass et d'amarante dans des contextes agricoles répétés.
| Critère | Roundup Ultra Plus | Roundup Ultimate |
|---|---|---|
| Forme active | Glyphosate sel de potassium | Glyphosate acide 500 g/L |
| Type de formulation | Concentré soluble (SL) | Concentré soluble |
| Usage particulier | Interdit | Interdit |
| Spectre | Total, non sélectif | Total, non sélectif |
| Délai de pluie | Environ 6 h | Environ 6 h |
| Dosage | À ajuster selon concentration | À ajuster selon concentration |
Ce tableau n'a qu'un but : vous montrer que la confusion entre les deux références n'a aucun fondement technique. Ce sont deux produits proches dans l'usage, mais qui ne se dosent pas de la même façon.
Sécurité, protection et bonnes pratiques d'application
Si vous devez ne retenir qu'une section de cet article, prenez celle-ci.
Les équipements de protection ne sont pas une option
Gants résistants aux produits chimiques, lunettes de protection, combinaison couvrante, bottes. Le glyphosate en concentré est irritant pour les yeux et la peau, et la préparation de la bouillie est le moment le plus exposé. Je connais un maraîcher qui a préparé sa bouillie pendant des années en short et en tongs, en se disant que « c'est juste de l'eau et du produit ». Il a fini aux urgences avec une projection oculaire. Le rinçage immédiat a limité les dégâts, mais il a porté des lunettes ensuite.
Le délai de rentrée sur la parcelle
Après application, on ne revient pas sur la zone traitée immédiatement. Le délai de rentrée standard est de 6 heures pour la plupart des formulations de ce type, mais il faut lire l'étiquette de votre lot précis, car il peut être plus long. Ce délai concerne les personnes, mais aussi les animaux domestiques.
Ne pas pulvériser n'importe quand
- Pas de vent au-delà de ce que tolère votre buse : la dérive contamine les cultures voisines.
- Pas de pluie annoncée dans les 6 heures.
- Pas de forte chaleur, pas de gel.
- Évitez les heures où les pollinisateurs sont actifs si des fleurs sont présentes à proximité.
Que valent les alternatives et les autres glyphosates ?
Sur le marché professionnel, plusieurs références à base de glyphosate coexistent, avec des formulations salines ou acides selon les fabricants. Le rapport efficacité-prix reste globalement comparable d'une marque à l'autre à concentration équivalente ; la vraie variable, c'est le coût du matériel d'application et le temps passé.
Pour un particulier, la question est plus simple : les alternatives autorisées sont le désherbage mécanique, thermique, le paillage, et les herbicides à base d'acide pélargonique ou d'acide acétique pour les usages restreints. Ces solutions demandent plus de passages, souvent sur des plantes jeunes, et ne détruisent pas les racines. Ce n'est pas un défaut de formulation : c'est la nature même de ces matières actives, qui n'ont pas d'action systémique.
Le désherbage thermique, testé sur une allée gravillonnée de 40 mètres, donnait un résultat visuel immédiat satisfaisant. Trois semaines plus tard, les repousses de pissenlit étaient au rendez-vous, parce que la racine n'avait pas été atteinte. Il faut donc le refaire, et le refaire encore.
Ce qu'il faut vraiment retenir avant d'ouvrir le bidon
Le Roundup Ultra Plus n'est pas un produit mystérieux. C'est un désherbant total à base de glyphosate, réservé aux professionnels en France, dont l'efficacité dépend bien plus de la qualité de l'application que du nombre de litres versés dans le pulvérisateur.
La confusion entre Ultra Plus et Ultimate, l'absence de données de dosage et le silence sur la réglementation sont les trois lacunes que l'on retrouve dans presque toutes les pages consacrées à ce produit. Si vous retenez une seule chose de cet article, que ce soit celle-ci : la dose juste appliquée au bon stade, par temps adapté, avec une protection correcte, vaut mieux que n'importe quelle quantité de produit déversée à l'aveugle.
Et si vous êtes particulier, la vraie question n'est peut-être pas de savoir comment se procurer ce produit, mais de savoir si un désherbage manuel répété, une bâche ou un paillage ne régleraient pas votre problème d'allée sans que vous ayez à vous poser la question de la légalité de votre achat.